sam. 1 mai 2021 01:35
Alors que ses réformes étaient très attendues par les arcadiens, la Gouverneure la plus male élue de l’histoire récente de l’État devait investir grandement et rapidement un sujet de société de son choix, auquel l’électorat progressiste de son État serait sensible en vue d’une éventuelle réélection voir d’autres échéances électorales auxquelles la Gouverneure n’avait pas renoncé.
Après de très nombreuses consultations, la Gouverneure avait décidé de lancer une offensive sur le sujet de l’enseignement supérieur. Curieux paradoxe, elle qui avait tenté jusqu’au bout de dissuader son mari de soutenir une loi visant à rembourser partiellement les frais d’inscription devait maintenant annoncer une politique plus ambitieuse.
Dans cette université renommée, la Gouverneure avait réuni en plein air des étudiants des professeurs et quelques personnalités politiques locales qui n’auraient évidemment jamais manqué l’occasion de se présenter sur la photo de ce moment potentiellement important du gouvernement. Le Président de l’Université fut chargé d’introduire la Gouverneure aux 800 spectateurs qui l’applaudirent chaleureusement à son arrivée.
Monsieur le Président de l’université d’Arcadia,
Mesdames et messieurs les professeurs,
Chers étudiants,
Merci à vous pour votre accueil très chaleureux en votre établissement si prestigieux. C’est un véritable honneur pour moi que de m’adresser devant vous qui faites la fierté de cet État et participez à sa renommée non seulement dans toute la Fédération, mais aussi dans le monde entier. La réputation d’excellence de votre établissement n’est plus à faire. Tout le monde sait combien cette université est sélective et les élites dirigeantes de cette nation sont peuplées de personnes issues de vos bancs.
Quel symbole donc que de décider de venir parler ici, devant vous, de ce que va être la politique de mon gouvernement en matière d’égalité d’accès aux études supérieures. Quel symbole parce que l’excellence rime, et c’est bien normal, avec sélection. Mais la sélection dans ce pays n’est pas seulement scolaire, elle est aussi malheureusement sociale. Des exceptions confirment bien sûr la règle mais, à résultats scolaires égaux, il est faux de dire que des acadiens issus respectivement de milieux modestes et aisés ont les mêmes chances d’intégrer cet établissement.
Voyez donc combien c’est tragique. Tous mes prédécesseurs, de tous bords, que ce soit le Président Buchanan ou le Gouverneur Rutherford, ont passé leur mandat à défendre au mieux le rêve fédéré. Mais le propre du rêve fédéré, c’est de donner à chacun les outils de réussir. Cette inégalité créée de ce fait une grave entorse à cette belle croyance à laquelle nous adhérons tous.
Applaudissements nourris.
Nous devons le constater, alors que dans trois semaines la loi proposée par mon défunt mari pour rembourser partiellement les études supérieures fêtera ses douze ans, nous ne pouvons que constater l’échec de ce texte aussi controversé que courageux. Tout d’abord, ce texte ne s’attaque qu’aux coûts des frais d’inscription alors que, l’expérience nous le montre, le coût de la vie étudiante devient en réalité la première source d’angoisse financière. Notre grande politique sur la question de l’enseignement supérieur ne peut se résumer à cela, quand bien même l’effort est louable. De plus, cette aide ne concernait que les Universités d’États, restreignant ainsi considérablement sa portée. C’est là encore trop restrictif pour que nous puissions maintenir un statut quo. Enfin, ce texte apporte une aide trop grande à des personnes qui n’en ont pas besoin et une aide trop faible à ceux qui en dépendent vraiment. Alors, pour toutes ces raisons, la majorité progressiste à l’Assemblée de l’État lancera avec mon aval dans les jours à venir une procédure d’abrogation de ce texte afin de reconstruire une nouvelle politique dans le domaine sur des bases plus saines.
Mais nous devons avoir d’autres boussoles que le passé. Nous devons dès à présent regarder l’avenir. Et je vous l’assure, cela n’est pas simple. Notre État n’a jamais été aussi polarisé et, de ce fait, je tiens à trouver une voie de consensus qui satisfera les pragmatiques des deux rives sur la question de l’enseignement supérieur.
Vous découvrirez dans les prochains jours le plan pour l’enseignement supérieur que le Secrétaire à l'Éducation Francis Downey et moi vous présenterons. L’objectif principal est de permettre à tous ceux qui le souhaitent et le méritent d’étudier dans le supérieur, dans le public comme dans le privée, sans pour autant devoir casser la tirelire et détruire la stabilité financière de l’État.
La conception d’un plan responsable sur le plan financier sera d’ailleurs la clé de voûte d’un accord bipartisan sur la question si cruciale de l’enseignement supérieure. Je ne peux pas croire, sur cette question comme sur d’autre, qu’aucun terrain d’entente n’est possible et c’est pour cette raison que je défendrai une poilitique sincèrement bipartisane.
C’est pour cette raison que je baserai la majorité de ce plan sur l’instauration d’un système de prêt pour les étudiants. Ce genre de proposition est en vigueur au niveau fédéral après avoir été voté par la Chambre à l’unanimité. L’objectif sera de créer un dispositif totalement volontaire où chaque étudiant le souhaitant pourra toucher 3000 Thalers par année universitaire, en échange de quoi chaque étudiant bénéficiaire reversera, dans les 10 premières années de sa vie active, 5% de son salaire mensuel à l’État. Aucune université sur le territoire publique ou privée, ne sera habilitée à refuser des fonds issus de ce dispositif.
J’entends toutefois les craintes justifiées de beaucoup d’étudiants modestes qui trouvent ces sommes insuffisantes. Un second dispositif accessible seulement aux bénéficiaires du premier permettra d’emprunter jusqu’à 15000 Thalers qui devront être remboursées avec un intérêt de 1% dans les 10 premières années de la vie active de l’étudiant.
Ce nouveau système permettra au contribuable de ne plus dépenser des sommes astronomiques dans l’enseignement supérieur, tout en assurant une meilleure égalité des chances entre tous les étudiants acadiens potentiels. Il va de soi que nous mettrons en place des dispositions pour éviter les abus du système. Des mesures coercitives sévères seront prises contre ceux qui auront empoché l’argent sans jamais le rendre au contribuable. Nous encadrerons également les frais d’inscription dans les université pour éviter que certains universités ne gonflent leurs prix pour s’enrichir sur le dos du contribuable.
Alors, chères étudiants, chers étudiants, je suis convaincue que nous allons ensemble reconstruire en profondeur, et pour le meilleur, le système d’enseignement supérieur de cet État. Et je veux qu’au jour, pas si éloigné, où je rendrai les clés de la Résidence du Gouverneur, je puisse m’adresser à chaque écolier de cet État en lui promettant que, peu importe le niveau de vie de sa famille, le gouvernement sera là pour qu’il puisse étudier autant qu’il le méritera.
Merci à tous ! Que le Sort vous bénisse ! Et qu’il bénisse le grand État d’Arcadia !
Les 800 spectateurs se levèrent pour applaudir la Gouverneure Grant Rutherford, certains par adhésion, d’autres par respect ou par effet de groupe. La Gouverneure quitta ensuite la scène installée pour se livrer au jeu des poignées de mains et des selfies, avant de reprendre la route de San Constantino.
Ancienne Gouverneure d'Arcadia
Ancienne First Lady d’Arcadia
Ancienne Représentante de la Fédération-Unie
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