dim. 12 janv. 2020 16:09
Discours du Sénateur Glassberg à la Rotunda of Fine Arts
11 janvier 173
Le Sénateur Glassberg avait choisi San Constantino pour son étape dans l'important état d'Arcadia, dans lequel la victoire pouvait être décisive pour obtenir la nomination. San Constantino, haut lieu de la vie LGBTQ, lui paraissait être l'endroit idéal pour rappeler à tous son engagement de longue date pour la communauté LGBTQ. Il réserva la Rotunda of Fine Arts, un des plus bels endroits de la ville, et à proximité du populaire quartier du théâtre. Les spectateurs ne tardèrent pas à affluer, à tel point que l'endroit, plus restreint qu'un lieu de meeting ordinaire, ne paraissent pas optimal pour un événement de ce genre.
Il fut annoncé par sa directrice de campagne et monta finalement sur la scène, sous les applaudissements de la foule. Il y avait eu une assez forte mobilisation, Arcadia étant de longue date un état farouchement progressiste.
Bonjour à tous, San Constantino. Merci à vous d'être là !
Et je remercie le Maire de San Constantino pour m'avoir permis d'organiser cette rencontre dans un si bel endroit de San Constantino. Je tiens à m'excuser, je sais, ce n'est pas le meilleur endroit pour faire un discours devant autant de monde. Mais je ne pouvais pas résister au cadre magnifique qu'offre cette magnifique cité.
San Constantino a longtemps été la capitale nationale, peut-être même mondiale, de la diversité, de l'ouverture culturelle, et également de la vie et de la culture de la communauté LGBTQ. Quand on vient ici, on ne peut pas s'empêcher d'envier la vie ici, dans une cité haute en couleur, pleine de vie. Voilà à quoi on doit penser, à l'étranger, quand on pense à la beauté de la Fédération-Unie.
Que j'aimerai que le District de Callister prenne davantage conscience de cette beauté, et de la grandeur du combat pour les droits LGBTQ. Je dois le dire, je ne peux pas me considérer comme un LGBTQ. Mais je peux aussi dire fièrement que je défendais leurs droits avant que ce soit sexy pour un politique de les défendre.
Il y eut quelques rires et applaudissements, principalement des militants du candidat aux primaires.
En tant que rare sénateur a avoir défendu les droits LGBTQ, j'ai pu dresser un constat sur la façon dont, au Congrès, la question de ces droits sont considérées. C'est assez simple, en fait : lorsque les progressistes au Congrès envisagent de proposer une loi permettant la reconnaissance du mariage, ou une pénalisation des discriminations, les conservateurs sortent la carte de l'inconstitutionnalité et de l'examen par la Cour Suprême pour incompatibilité de compétences entre les États et le gouvernement fédéral. L'état de fait dans lequel les conservateurs veulent nous maintenir est le suivant : dans un État, un citoyen fédéré LGBTQ aura des droits, dans un autre, il en aura moins. Notre république s'est fondé sur un système fédéral, certes ; mais elle s'est d'abord et avant tout construite sur un idéal de liberté universelle, aujourd'hui en danger.
Pouvoir se marier avec qui on le souhaite, en pleine responsabilité et sans discrimination, ce n'est pas une question de partage de prérogatives entre les États et l'État fédéral. Les conservateurs qui sortent cet argument ne le font pas pour défendre le droit des États, c'est une idiotie sans nom que de l'affirmer. C'est une question d'être pour ou contre les droits humains fondamentaux, et je ferais tout ce qu'un Président est en capacité de faire afin que ce fait soit pleinement reconnue dans nos institutions. Et je me battrais pour les libertés fondamentales pour lesquelles notre pays devrait se battre sans équivoque, et non se diviser.
Applaudissements nourris dans le public, acclamations du côté des militants.
D'un certain côté du Congrès, vos représentants aimeraient vous dire que le mariage et la famille sont des institutions sacrées, qui n'est pas compatible avec un mode de vie sulfureux. Et par "mode de vie sulfureux", ces prétendus représentants expriment tout leur bigoterie et leur haine de la différence. Ils viendront vous dire, avec l'appui d'organisations de bigots prosélytes, que vous n'êtes pas normaux. Que vous choisissez de vous marginaliser de la société, et que nous devrions donc vous refuser certains droits.
Il prit une petite pause, avant de reprendre, solennel :
Dans notre démocratie, ne laissez personne vous laisser croire que vous êtes le problème. Le problème, ce sont ceux qui corrompent le fonctionnement de notre régime, qui enseignent leur propagande même à des jeunes enfants, afin de priver certains citoyens des libertés auxquelles ils ont droit.
Non, mesdames et messieurs les traditionalistes et autre bigots, être homosexuel, être bisexuel, être transsexuel, ce n'est pas un choix de mode de vie, c'est une part de ce qui fait l'identité d'un individu. Se marier, c'est un choix de vie. Et croyez-moi, pour beaucoup de ces mêmes conservateurs, se marier n'en reste pas moins un choix sulfureux.
Fonder une famille, c'est un choix de vie.
En Fédération-Unie, on ne choisit pas son identité sexuelle, pas plus que son orientation sexuelle. Et on devrait pouvoir choisir un mode de vie qui s'adapte à notre identité - et non essayer de corrompre notre identité à la faveur du mode de vie dominant. Vivre librement en harmonie avec son identité, ce n'est pas un choix de vie, c'est une liberté fondamentale que notre pays ne parvient pas à garantir, par leur faute.
Il appuya ses dernières phrases d'un ton plus virulent, puis il reprit son calme en poursuivant :
Les conservateurs aimeraient que nous limitions la définition du mariage à l'union d'un homme, d'une femme, dans le seul but de concevoir des enfants. Les conservateurs s'attachent à une définition qui n'est déjà plus d'actualité. Le mariage, c'est l'union de deux individus qui s'aiment et qui expriment leur souhait sincère de s'unir dans une destinée commune. C'est un homme, une femme. C'est deux hommes, ou deux femmes. Ce ne sont que deux individus adultes qui s'aiment. Et qui parfois, fondent une famille. Et ceci, qu'importe le sexe.
Applaudissements dans le public.
L'accès à la parentalité est un droit auquel tous les couples hétérosexuels ont accès, aujourd'hui. J'estime que c'est également un droit de l'enfant d'avoir des parents, qu'importe leur ethnie, leurs convictions, leur handicap, leur orientation sexuelle, ou leur orientation politique, d'avoir des parents prêts à apporter de l'amour. Il n'y a pas de libertés d'avoir un père et un mère, sinon, nous pourrions dire à nombre de parents qui élèvent seul leur enfant quel parent indigne. Qui sont ces gens pour oser dire qu'ils savent mieux que personne la bonne façon de fonder une famille ?
Voilà un autre constat que ces experts autoproclamés de la famille oublient souvent de mentionner : il y a dans notre pays des milliers d'enfants orphelins qui attendent des parents, qui attendent vainement un foyer rempli d'amour pour les accueillir. Il y a des milliers de couples homosexuels autant qu'hétérosexuels qui ont un cadre stable et un foyer aimant à offrir à un enfant. Il y a des familles modèles qui ne se constitueront pas tant que le gouvernement les empêchera d'être considérée à l'égal des autres familles.
Et mon administration mettra fin à cet état de fait. Dès mon élection, je travaillerons avec le Congrès à une législation visant à reconnaître la filiation de chaque famille, hétéro ou homoparentale, dans l'ensemble de la Fédération-Unie.
Il sourit alors que les applaudissements retentirent avec plus d'intensité. Il poursuit ensuite, avec un air plus grave :
A l'inverse, il y a également des couples modèles d'hétérosexuels qui ont un enfant, mais qui sont incapable de veiller sur lui. Qui, au motif d'une différence, choisissent de le renier et de l'abandonner. Ou qui, au motif d'une différence, le persécute, lui lave le cerveau, essaye de le faire rentrer dans le rang. Et qui, au motif d'une différence, l'envoie dans un de ces "camps de conversion" dont, scandaleusement, on entend encore parler aujourd'hui dans notre pays.
Nous ne pouvons pas forcer les bigots et les haineux à être de bons parents. Mais nous pouvons les empêcher de nuire trop gravement. C'est pourquoi j'annonce que l'une de mes premières décisions en tant que président sera d'instaurer un ban fédéral sur les camps de rééducation, sur les thérapies de conversion ou sur toute pratique imposée qui viserait à changer l'orientation sexuelle. La promotion de ces pratiques sera formellement interdite, et la promotion auprès d'enfants sera pénalement réprimée. Et pour un parent d'envoyer un enfant dans l'un de ses endroits sera considéré comme un délit fédéral.
Ceux qui détruisent l'institution de la famille sont ceux qui encouragent ces pratiques, qui détruisent les vies de jeunes LGBTQ. Il n'y a rien de plus contre-nature qu'un parent qui abandonne son enfant, rien de plus contre-nature qu'un parent qui inflige une violence à son enfant au motif qu'il ne rentre pas dans le moule qu'une société d'un autre temps essaye de lui imposer.
A tous les dirigeants, représentants et membres de ces lobbies de bigots qui entretiennent la haine institutionnalisée des jeunes LGBTQ, je dis : regardez-vous dans un miroir. Regardez-vous, bel et fringant hétérosexuel. A cause de vous, à cause des propos que vous propagez, à cause des pratiques que vous encouragez, de jeunes enfants, parce qu'ils sont LGBTQ, auront un risque bien plus élevé de tomber en dépression. Un nombre plus important d'entre eux. Vous causez de la souffrance à des jeunes innocents, à des familles déchirées parce que vous voulez imposer à tous votre vision du monde. Ce ne sont pas aux autres d'avoir honte. Vous devriez avoir honte de ce que vous faites. Et sous ma présidence, le gouvernement ne sera pas un outil de pression pour répandre vos idées nauséabondes. Le gouvernement sera présent pour vous empêcher de faire davantage de mal.
Les applaudissements étaient de plus en plus nourris, tandis que des militants en profitèrent pour faire flotter des drapeaux LGBTQ dans la foule.
Vous savez, plus jeune (il y a très longtemps donc), lorsque je suis venu en Arcadia, j'ai marché dans les rues de San Constantino. J'y voyais à l'époque ce que je ne pouvais voir nul part ailleurs : des couples de tout type, heureux, n'ayant pas peur de vivre au grand jour leur amour. Aujourd'hui, je suis revenu, j'ai marché quelques pas dans les rues de San Constantino. J'y ai vu la même chose qu'à l'époque. Et vous savez quoi ? Depuis tout ce temps, rien n'a changé à San Constantino. La civilisation à San Constantino ne s'est pas effondrée. En fait, cette cité a prospéré, et elle a su faire de sa diversité une force. L'esprit de tolérance et d'ouverture qui règne ici est un modèle pour la société fédérée. La preuve qu'on peut vivre librement, différemment et ensemble, dans le respect de chacun.
Soyez fiers de vous, San Constantino. Soyez fiers de ce que vous apportez à notre société. Défendez votre liberté, votre tradition d'inclusion et de diversité, continuez de vivre libre. Il n'y a pas de meilleur moyen de défendre cette république et cet idéal pour lequel nos pères fondateurs se sont battus.
Merci à vous, San Constantino !
Il quitta la scène en souriant et saluant les spectateurs, tandis que les drapeaux LGBTQ flottaient un peu partout dans l'assemblée.