sam. 21 déc. 2019 01:23
William avait réservé le Hillsborough HPER Center afin de lancer sa campagne pour l'élection présidentielle...enfin d'abord il devait obtenir l'investiture du parti conservateur et c'était tout là son objectif premier et le but de ce meeting. Il monta à la tribune, sous la banderole portant son slogan de campagne "Un homme fort pour un pays fort". Il regarde de tous les côtés du stade et constate content que la relativement petite salle est entièrement remplie et que bon nombre de journalistes l'observent. Il sourit puis commence son discours.
William McManus : Bonsoir Hillsborough, chers concitoyens, chères concitoyennes,
D'abord je me présente, puisque je sais que dans notre pays certains ne me connaissent pas encore. William McManus, très fidèle membre du Parti Conservateur et aujourd'hui déterminé à être sa voix aux élections présidentielles. Je crois que face à une angoisse montante colportée par des candidats progressistes, il faut une voix nouvelle, une voix jeune pour défendre le conservatisme.
Contrairement à ce qu'ils prétendent à qui veut bien les entendre, le conservatisme ne consiste pas en la conservation dans le formol de vieux principes et en la simple conservation de ce qui est déjà. Le conservatisme c'est d'abord une progression continue dans le temps, et c'est l'adaptation et l'application de valeurs face à ce temps nouveau, à ces revendications nouvelles et aux aspirations nouvelles émises par le peuple.
Il ne s'agit en rien de rester sur ses positions constamment en hurlant qu'on dénature notre pays ou qu'on viole l'héritage fédéré à chaque nouveauté comme voudrait nous caricaturer le vieux sénateur Glassberg à qui je conseille de se mettre à la page. Peut-être les conservateurs étaient comme il les décrit de son temps, mais ce n'est plus le cas, et il devrait vivre avec son temps et avec son pays plutôt que débiter des revendications déconnectées de toute réalité fédérée et actuelle. Véritablement, au lieu de voir l'actualité depuis ses archives socialistes, il doit la regarder par le prisme du réel.
Par exemple, quand il nous fait porter le chapeau d'une soi disant faillite morale, sociale, environnementale et économique, il me semble qu'il dégoise complètement. Car ce qui dit n'a rien de vrai, bien au contraire, la morale a été épargnée des dérives gauchistes par le parti conservateur, la société ne s'est jamais mieux portée que lorsque l'individu est placé en son centre de préoccupation, c'est ce que nous faisons constamment, l'environnement sera le coeur de notre action puisque nous découvrons aussi stupéfaits que le sénateur Glassberg, les désastres causés par l'activité humaine et nous voyons qu'il faut rediscuter et revoir nos façons de faire, enfin l'économie a toujours été l'horizon quotidien du Parti Conservateur. C'est par la richesse que nos citoyens sont libres, et indépendants de l'état, qu'ils ne sont soumis à aucune puissance, qu'ils peuvent se forger leur propre morale par la culture et le divertissement.
Ce n'est que justice si le peuple a dernièrement élu le Parti Conservateur pour diriger le pays. Et cette soif de justice, chacun de vous l'a déjà, vous n'êtes pas de ces êtres dépravés et abrutis que nous peignent les progressistes quand ils parlent dans leur grand discours, il faut une révolution démocratique, que les citoyens doivent imposer un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, et tutti quanti et confettis. Ce sont des mensonges car c'est déjà le cas, aucun de vous n'a envie d'un gouvernement acheté par les grands industriels et qui sert leurs intérêts, aucun de vous ne voterait pour un gouvernement injuste, aucun de vous ne veut forger ses propres fers par l'élection, chacun de vous veut la liberté, la justice et l'intégrité du gouvernement et chacun de vous vote en conséquent, et c'est pourquoi les progressistes, ne seront pas élus, et certainement pas ce sénateur gâteux.
Le public conservateur applaudit largement à ces mots.
Chers concitoyens et concitoyennes, ne vous laissez pas avoir par ce genre d'hurluberluteries bonnes à faire lever et applaudir quelques agitateurs. Ce qu'il faut c'est travailler main dans la main, tous ensemble et non pas jouer la carte de la division en pointant du doigt les industriels ou les militaires et en leur disant qu'ils sont des monstres ou des profiteurs. Vous verrez qu'étrangement, quand ces gens-là font de la division c'est de la lutte de classe saine mais que lorsqu'un conservateur en fait, c'est du "gouverner pour mieux régner" de la plus régnante espèce. Voyez l'hypocrisie vous-même.
Notre système n'est pas parfait, j'en conviens, mais ce qu'ils proposent ne sont pas des remèdes mais des poisons pour envenimer les maux minimes, forcément qu'un système qu'ils pourriront sera toujours plus pourri et que leurs discours se rendront vrais de jour en jour, par leur politique irréaliste qu'ils tenteront d'appliquer, et ils le savent, ils ne servent que la véracité de leurs propos et leurs résultats électoraux futurs.
Il faut un pourfendeur à l'idéologie malsaine qui semble prendre en importance de nos jours, et je veux être celui-là.
Mais assez parler des diables et des sorcières, parlons un peu d'avenir. Pas l'avenir incertain qui se lit dans un vieux bouquin de Vakémine, par le spectre d'une boule de cristal made in Sunyixian, qui devrait arriver par la force des révolutions ou par l'analyse dialectique de l'histoire. Mais l'avenir qui se construira parce que le monde est ce qu'il est, que notre pays est ce qu'il est et qu'aux prochaines élections, les conservateurs reprendront, de nouveau, les rênes de la nation !
Cet avenir, je le veux avec vous construire, j'aimerais que nous avancions ensemble vers une société toujours plus libre. Et la liberté ne vient pas de n'importe où, elle ne peut provenir que de l'autonomie de chacun. Cette autonomie ne vient pas de nulle part, elle se construit par un libéralisme social et un protectionnisme économique. Il faut être un père de l'économie, et un frère de la société. Un frère donne des conseils, un père défend, et c'est cela qu'il nous faut pour une Fédération Unie qui reprenne les devants, qui domine et qui réussisse dans toutes les missions auxquelles elle s'engage.
En premier lieu, il faudra harmoniser le système économique. Alors que chaque employeur discute auprès de chaque employé son temps de travail, nous imposons un salaire minimum qui ne peut être représentatif de la diversité du monde du travail. Il ne faut pas payer du même montant horaire, un tel qui travaillerait douze heures faciles par jour et un autre qui n'en ferait que six mais terriblement éprouvantes. L'état ne pouvant juger de toutes les situations susceptibles d'advenir, il faut que le salaire horaire soit lui aussi arrangé entre employeur et employé. Voilà une proposition cohérente, qui parlera à tout le monde et qui améliorera le quotidien de tous. Un salaire minimum fédéral leste les plus méritants vers ce salaire minimum et bloque la main prête à signer des contrats d'embauches des entreprises.
Est-ce un monde où les plus méritants sont payés peu pour qu'on puisse embaucher des fainéants ? Non, il faut un salaire convenu et non une norme sortie de nulle part. D'autant que le coût de la vie n'est pas le même qu'on habite à Waterbury ou à Saint-Paul. Mais le salaire minimum y est le même. La voilà l'erreur, voilà la bêtise.
De même, je m'emploierai, dès que vous m'en aurez donné les moyens, à réformer notre système de citoyenneté. Car il ne suffit pas d'être né en Fédération Unie pour être fédéré. C'est bien plus que ça ! Ce n'est pas parce que vous êtes allé à l'école fédérée que votre famille vous a inculqué une bonne moralité ou que vous acceptez les principes constitutionnels de notre état. Alors que la nationalité doit être seulement le fait de patriote, le droit du sol et du sang dans leur forme actuelle, ouvrent la porte de la citoyenneté à toute sorte de déviants et traîtres en puissance. Pour remédier à cela, il n'y a pas trente six mille solutions, il faut soumettre chaque jeune, dans le cadre de l'école obligatoire, à des tests similaires à ceux auxquels sont soumis les étrangers demandant la naturalisation. Parce que ça n'étonnera personne si je vous dis que partout dans le pays, des ressortissants d'autres pays s'emploient quotidiennement à inculquer à leurs enfants qui obtiendront la nationalité à leur majorité, des valeurs d'ailleurs, des principes d'un autre pays, et que ces jeunes-là ne seraient pas capables de passer un seul test de naturalisation hormis celui de la langue. Et c'est une honte !
Il faut que le droit de vote, que la prise de la décision, que l'orientation suivie par notre pays, que la boussole de notre incoercible avancée dans le temps, soit réservée seulement à celles et ceux qui ont une connaissance parfaite de nos valeurs et une moralité irréprochable. Comme à une valse, on ne peut pas laisser entrer dans la danse, un groupe de capoeira, on ne peut pas et on ne doit pas laisser entrer dans le concert des citoyens, des gens étrangers à notre conception. Regardez dans le milieu scientifique, ce ne sont pas les partisans de la théorie des miasmes qui contribuent à écrire la théorie microbienne. Que diriez-vous que des citoyens fédérés considèrent qu'il faille un gouvernement théocratique et une moralité fondée sur un texte religieux millénaire ? Ce serait un grand n'importe quoi. Nous imposons sainement aux naturalisés d'être de notre culture, nous ne pouvons pas laisser se développer sur notre territoire et dans notre citoyenneté des individus qui ne répondraient pas à ces mêmes critères, du fait de systèmes de droit du sang et du sol incomplets, et pour tout dire défectueux.
Enfin, une autre réforme pour mon pays que je porte et que je souhaite aujourd'hui vous présenter pour me présenter moi-même devant vous, concerne les visas. En effet, il manque aux nôtres, un visa qui me paraît essentiel à tout état démocratique comme le nôtre, à tout état qui revendique et porte de ses mains, de sa voix, de son bras et de sa tête, les valeurs de liberté et fraternité. Ce visa-là que j'imagine s'adresserait aux étrangers qui feraient preuves d'un dévouement énorme pour le pays, ou d'une volonté d'acier en faveur de notre nation. Ce visa temporaire, B, comme Brother of the country serait la concrétisation d'un objectif que chaque fédéré possède en son sein, cet objectif c'est celui d'accueillir à bras ouvert, toutes celles et ceux qui ont dans leur sang, non leur pays d'origine mais la Fédération-Unie, qui n'ont d'yeux que pour nos valeurs et dont le coeur ne bat qu'au rythme de nos tambours quand l'hymne résonne, qu'avec le pas des militaires quand un pays voit sa libération s'accomplir.
D'aucuns me diront que ce n'est pas sérieux au premier abord. Mais ils raviseront vite. Les seuls qui camperont sur leurs positions seront les progressistes qui auront l'impression que l'herbe est coupée sous leur pied. Car ils pensent qu'il n'y a d'humaniste que leur projet et omettent volontairement de signaler que les conservateurs aussi sont humains et emplis d'empathie autant qu'eux, ou plus. La différence entre ce projet que je vous propose et celui qui vous sera annoncé tantôt par telle ou tel progressiste, c'est que je le porterai et l'appliquerai sans but populiste, que je le défendrai sans y placer de prétentions électorialistes, que je vous le présente en tant qu'humain et non que candidat.
Car je vais vous le dire avec des mots de citoyen et non de politicien ; il faut réaliser ensemble de tels réformes pour améliorer notre système qui ne demande que ça. Il faut jouer avec sa logique qui est la bonne et qu'on veut pervertir ailleurs. Car ce système est perfectible certes, mais aussi terriblement pervertible, et il faut le protéger de la perversion et aller pour sa perfection, et ce n'est pas en allant par des chemins irraisonnables et impossibles à suivre, qu'on y parviendra, mais en laissant le temps faire son oeuvre, en allant au rythme de la musique, pas plus vite.
Il faut prouver lors de ces élections, que nous n'avons rien à prouver au reste du pays, puisqu'il n'y aura de reste derrière le projet que l'on doit porter.
Montrons aux quelques cas isolés du fait de questions d'ego, que la Fédération est unie derrière une société conservatrice et unitaire, qui n'abandonne personne, contrairement aux mensonges de ces gens-là.
Merci, merci, merci.
William descendit sous les applaudissements, en sortant de la salle, il serra les mains de quelques fidèles supporteurs, d'aventure bien placés et quitta la pièce. Il se rendit dans les vestiaires où son équipe de campagne l'attendait pour débriefer. Il discuta un certain temps de ce qui était bien et de ce qui avait été moins bien, puis environ une heure après la fin du discours, il sortit du bâtiment en serrant des mains toujours, et signant des autographes à quelques fans.