dim. 12 janv. 2020 19:57
Discours du Sénateur Glassberg à New Lancaster
12 janvier 173
Dépassé par la Maire Barrett lors des précédents caucus, le Sénateur Glassberg avait décidé d'intervenir à l'endroit même où elle s'était présentée, le jour suivant son discours, afin de se démarquer, dans l'espoir de rafler l'état de Two Rivers, dont le soutien pouvait être déterminant pour la Convention.
Je tiens à remercier ceux d'entre vous qui étaient présents hier, et qui sont revenus aujourd'hui. Même si beaucoup d'entre vous doivent être lassés de voir nos têtes de politiciens en cette période de campagne, je peux vous rassurer, je m'assurerai que mes propos ne fassent pas redondants.
Il y eut quelques rires dans l'audience, tandis que le Sénateur souriait. Il entama son discours en commençant par apostropher son opposante.
C'est ici que se tenait hier la Maire de Millport, Madame Barrett. C'est sous cette arche qu'elle nous a appelé à la contemplation de ce monument et de cette ville, de ces "vitrines de notre puissance. Et bien, à mon arrivée ici, j'ai fait ce qu'elle a dit. J'ai regardé ce monument, ce témoin de notre puissance. Cette ville toute entière est un témoin de notre puissance. Nous ne faisons pas un pas sans voir un immense gratte-ciel s'élevant à perte de vue, les rues constamment ombragées. Les preuves de notre réussite comme pays sont partout dans cette ville, l'une des plus grandes de notre planète.
Malheureusement, j'ai remarqué que ce square, et même cette arche, n'étaient pas qu'un monument à la gloire de la réussite fédérée. J'ai remarqué que pour certains, ici, ce parc, c'est leur maison. Et j'ai marché quelques rues plus loin, et j'ai pu constater que ce n'était pas le cas que de ce parc. Cette vitrine de notre puissance, au fond, est également la vitrine de nos échecs les plus inavouables et les plus terribles. Je regrette que Madame Barrett ne se soit pas arrêtée hier pour le porter à l'attention de tous.
Quelle puissance, pour un état dans lequel on peut vivre dehors l'hiver, mourir de faim dans la rue, à la vue et au su de tous, sans que nous ne tentions rien ? Quel prestige, pour un gouvernement prêt à investir sans broncher des milliards dans l'armée, mais se rétracte dès lors qu'on parle d'attribuer mensuellement quelques thalers à ceux qui en ont le plus besoin ?
Ce n'est pas quelque chose dont nous pouvons être fier. Je refuse de glorifier notre puissance tant que nous ne la mettrons pas au bénéfice du bien commun.
Applaudissements dans l'assemblée.
Voir, aujourd'hui, dans la première puissance économique du monde, des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées, dans la rue, mendiant pour survivre, c'est une honte. Et la plus grande honte, ce sont ceux qui tiennent non seulement à conserver cet état de fait, mais à s'assurer que cela ne viennent pas les déranger dans leur quotidien. Je parle de ceux qui inventent chaque jour, au pied de leurs sièges sociaux, de nouveaux moyens de faire partir les sans-abris. Les sortir de la rue, oui, mais pour les envoyer où ? Ça, ils n'en ont cure.
Dans les politiques publiques (et privées) liées à la gestion des pauvres qui dorment dans la rue, la priorité jusqu'à présent fut d'abord de traiter la nuisance que ces gens représentent en vivant dans la rue, avant de traiter les nuisances qui les ont conduit à la rue. Ce sont des êtres humains. Ce sont des êtres humains ! Quelle démocratie sommes-nous, si nous n'accordons pas autant d'importance aux conditions de vie de chacun d'entre nous ?
Applaudissements et acclamations du côté des militants.
C'est pourquoi je convoquerai dès mon arrivée au pouvoir une conférence générale des gouverneurs avec pour objectif de coordonner les efforts de tous les États avec ceux de l'état fédéral afin d'une part, de mettre fin et de pénaliser toutes les politiques à l'encontre des sans-abris ; d'une autre, de concevoir, avec les gouverneurs et le Congrès, une réforme des subventions sociales visant à s'assurer que chaque individu, qu'il travaille ou pas, ait droit à un minimum de subsistance d'au moins 2000Ŧ, financé par les États et par l'État fédéral ; et enfin, de mettre en place suffisamment de foyers d'hébergement d'urgence dignes, pour qu'en cet hiver, plus personne n'ait à dormir dans la rue ni à subir la précarité.
Il est temps de décréter l'état d'urgence national ; il est temps de s'unir pour agir et mettre un terme à la précarité extrême dans laquelle trop de nos concitoyens sont enfermés. D'aucun n'hésiteraient pas à en appeler à l'armée dès lors qu'à l'étranger, la vie ou les intérêts fédérés venaient à être menacés. Mais des vies fédérées sont déjà menacés, et ce sur notre propre sol. Il est donc temps d'en appeler à toutes nos forces disponibles pour sauver des vies.
On me demandera probablement, dans le camp d'en face, comment financer une assistance sociale si généreuse. Tout d'abord, je tiens à dire, si c'est "trop généreux" de vouloir priver ceux qui ont largement assez d'une partie de leur pactole pour permettre à la majorité de nos concitoyens de vivre dignement plutôt que de mourir dans la rue, je pense que nous devrions reconsidérer notre rapport à la générosité. Ensuite, et bien la réponse à cette question n'est pas si éloignée que ça, quand on y réfléchit bien. C'est ici, à New Lancaster, qu'il y a la plus grande densité de population de notre pays. Et c'est ici, à New Lancaster, qu'il y ait le plus grand nombre de citoyens qui meurent dans les rues chaque année. Mais c'est aussi ici, à New Lancaster, que se déroulent les plus vastes opérations financières, que les plus vastes quantités d'argent transitent entre les mains de quelques privilégiés. Je réitère mon intention d'établir une taxation sur ces transactions financières, comme c'est le cas dans le reste des pays développés du monde.
Mais au-delà de ça, il faut mener un vaste plan de lutte contre la concentration de richesse. Cela passera par un plafonnement universel des revenus individuels, définis en fonction de chaque état. Car il n'est pas acceptable qu'aujourd'hui, un chef d'entreprise s'octroye une augmentation de 1000% alors qu'il gagne déjà des milliers de fois le salaire minimum qu'il verse à ses employés - salaire qui, rappelons-le, est loin d'être suffisant pour vivre. Il est temps de ne plus avoir peur d'aller chercher la richesse qui doit aller au bien commun là où elle se trouve. Je me refuse à ponctionner davantage les ménages les moins favorisés, alors que nous savons parfaitement où passent la majeure partie des richesses que les fédérés produisent.
Car oui, la vérité c'est qu'aujourd'hui, la spéculation rapporte plus que le travail. Parier sur la ruine ou la fortune d'une grande multinationale rapporte bien plus que de consacrer sa vie à permettre à cette grande multinationale de fonctionner. Aujourd'hui, parmi ces individus qui vivent dans la rue, combien travaillent encore mais ne gagnent pas assez ? Parmi ceux qui vivent dans la précarité, combien cumulent des emplois pour survivre ?
Il est plus que largement tant de revaloriser le travail humain. Et cela ne doit pas passer par une charitable poignée de cents supplémentaire au salaire horaire minimum, comme d'autres candidats le propose. Cela doit passer par une limite stricte du minimum horaire, un minimum qui doit permettre à toutes les personnes qui travaillent de vivre, et non pas de survivre. Plus aucun emploi proposé ne devrait condamner un travailleur à des conditions de vie misérables. C'est pourquoi j'annonce que sous ma présidence, nous ferons voter au Congrès une loi visant à instaurer un salaire minimum de 16Ŧ horaire au niveau fédéral.
Applaudissements nourris et acclamations dans le public.
Et je sais qu'on dira : notre projet est un désastre pour l'économie fédérée ! Nous allons anéantir le moteur de notre puissance industrielle !
Mais au contraire, ce n'est pas négliger notre puissance économique que de penser cela. On ne cesse de dire que l'économie est un cercle vertueux. Et bien, je veux bien le croire. Mais dans quel cercle vertueux a-t-on, sur 100 personnes, 99 qui travaillent, dont 30 vivants dans l'insuffisance, et 1 seule qui récupère tous les bénéfices ?
Cette ville est un exemple de cette étrangeté. La plus grande place financière du pays est aussi l'un des endroits où les conditions de vie sont les plus difficiles et où les habitants les plus pauvres sont les plus démunis. Faisons un peu d'histoire - promis, j'essaierai de ne pas être trop barbant. A quel moment notre pays est-il passé d'un statut d'état en développement à état développé ? Quand est-ce que le niveau de vie et de richesse générale a grimpé ? Lorsque le gouvernement s'assurait que les créations de richesses servent à l'intérêt général et non seulement au 1% qui possèdent tout. Aujourd'hui, toutes les nouvelles richesses crées vont à ces 1%, quand bien même la plus grande qualification de la main d'oeuvre, la hausse de la productivité des travailleurs sont les principales raisons de ces nouvelles créations de richesse. Ceux qui produisent plus doivent pouvoir gagner plus, consommer plus, investir plus.
Jusqu'à présent, nous avons pu dépenser des milliards pour réduire la taxation sur les entreprises les plus prospères ; nous avons pu dépenser des milliards pour financer des opérations militaires à l'étranger, pourquoi ne pas investir des milliards pour relever le niveau général de vie ?
Se battre pour que la richesse que nous produisons nous revienne et ne revienne pas à une caste qui se l'octroye arbitrairement, que nous puissions disposer de nos propres productions et être maître de notre destinée, c'est ce pour quoi nos pères fondateurs se sont battus pour l'indépendance. Aujourd'hui, c'est à nous de nous battre pour cela !
Les spectateurs applaudirent la fin de l'intervention de Luke Glassberg, alors que celui-ci les saluaient en quittant la scène.
Je vous remercie, New Lancaster !