mar. 17 mars 2020 02:48
En pleine campagne, William avait décidé de mener un autre grand meeting à Two Rivers pour convaincre et pour ne laisser aucun doute quant au nom du prochain Gouverneur. Il arriva de bonne heure afin de serrer des mains, faire du porte-à-porte et parler avec des quidams, puis l'heure venue, il se rendit sur l'avenue d'où devait se tenir son grand meeting après une marche qui amena à la scène.
Il y monta sous les applaudissements d'une foule dense et la salua. Puis il commença, en se plaçant derrière son pupitre, il voulait apparaître comme un candidat sérieux, stable et non comme un petit aguicheur de foule.
William McManus : Chers amis, bonjour !
De toute part, nous entendons des voix s'élever pour demander plus d'ordre et de sécurité, plus d'écologisme en politique, plus d'investissements, plus de transparence, plus de droits civiques. J'entends ces demandes et je les trouve légitimes. Je pense qu'il y a moyen de répondre à ces attentes qui ont été reléguées par les progressistes, par une solution équitable et fonctionnelle, c'est à dire une solution conservatrice. Il ne faut pas tomber dans les spirales vicieuses de la radicalité, et je serais le Gouverneur de la juste mesure. Il faut s'adapter aux temps que nous vivons et non essayer d'anticiper comme des apprentis sorciers quel monde probable pourrait potentiellement émerger prochainement. Non ! Si nous voulons un Etat stable, un Etat sérieux et qui a toutes les cartes en main pour réussir dans l'avenir, il faudra se montrer pragmatique et répondre aux attentes des fédérés, seulement aux attentes des fédérés. Pas aux rêves romantiques d'une époque parfaite ni aux nécessités électoralistes pour dans quelques années.
Il ne faut aucune idéologie à la tête de notre Etat, il faut un homme qui ne soutienne pas ses camarades mais qui travaille dans l'intérêt général. Two Rivers, n'est ni une terre de progressistes, ni une terre de conservateurs mais une terre de fédérés avant tout. Et il n'appartient pas au représentant ou plutôt à la représentante de la division d'oser défaire la volonté des fédérés qui a été accomplie par notre ancien gouverneur, qui a mené à bien de nombreux projets et dont j'entends être, et dont il entend que je sois, le successeur. Pour cela, il faut une approche pratique et décomplexée de toutes les rigidités partisanes. Que je sois au Parti Conservateur ne fait pas de moi un idéologue mais un homme libre qui n'hésite pas à utiliser des méthodes dites progressistes quand il en est besoin et des méthodes dites conservatrices quand il en est besoin.
Par exemple, je me suis déjà exprimé sur la question sociale, parlons maintenant de la question économique. Nous devons relancer l'économie par une nouvelle donne, un Red New Deal dont je me propose d'être l'instigateur pour ces prochaines années. Qu'est-ce que serait ce Red New Deal ? D'abord, ça serait une politique de relance économique venant de l'Etat et de l'encadrement économique dans les domaines les plus importants, ceux qui vous touchent particulièrement au quotidien. Je parle des retraites, je parle des assurances. Voilà des domaines qu'il faut continuer d'encadrer pour que chacun soit protégé. Je ne suis pas opposé à ce que cela passe dans le giron de l'Etat, le temps d'établir une couverture universelle avant de privatiser, car l'Etat ne peut pas administrer continuellement ce qui relève du domaine privé par nature. Les assurances, sont déjà universalisées et privatisées, conformément à la politique de l'actuel gouverneur. J'entends que le système de retraite subisse un même traitement de choc pour assurer à tous nos anciens des fins de vie décentes. On passera donc d'une prise en charge de l'Etat, à une universalisation des retraites sous l'administration des entreprises privées.
Parlons une dernière fois des constats réalistes des progressistes, en abordant les aides sociales. Il faut les augmenter, je suis d'accord, car il y a des gens vertueux qui ne parviennent pas à sortir de leur misère, mais il faut le faire intelligemment. Distribuer des billets à tout le monde sans plus de préoccupation, c'est de la folie pure et dure. Et c'est le Green New Deal de mon adversaire. Ce qu'il faut c'est augmenter les aides sociales de celles et ceux qui exercent une profession laborieuse ou prouvent par leurs efforts qu'ils ou elles méritent d'augmenter leur niveau de vie. Ainsi les chômeurs qui acceptent systématiquement les propositions d'emplois que l'agence gouvernatoriale que je compte mettre en place pour le réemploi, ceux-là qui accepteront de suer de leur front pour vivre mieux, bénéficieront d'aide à la formation et d'aides sociales de la part de l'Etat.
Mais les fainéants qui utilisent les billets que leur donneront les Glassberg, les Tillman et les Astudillo-Diaz, ceux-là ne méritent que le strict minimum. Car il n'est pas impossible que ceux-là prennent un jour conscience de leurs erreurs et prennent leur destin en main. Il ne faut donc oublier personne et ne permettre à personne de se sentir complètement abandonné. Sinon évidemment, ceux-là iront noyer leur chagrin dans la dépravation de nos moeurs et de notre sécurité. Ce strict minimum social que je compte rééchelonner sera le droit à tous de pouvoir s'améliorer. Car chacun grâce à ce minimum pourra vivre de manière précaire, et ne sera pas laissé de côté, mais bien sûr, le seul moyen de vivre mieux ses fins de mois sera évidemment de se retrousser les manches et d'aller travailler. Mais pour cela, il faut du travail. Comment crée-t-on le travail ? Il n'y a pas trente-six mille solutions ! Il faut rendre plus flexibles les lois de l'emploi et investir dans nos entreprises et dans l'emploi. Par exemple, Gouverneur, je m'engagerai résolument pour créer des centaines de milliers de bons d'emplois. Qu'est-ce que seront ces bons d'emplois ? Ce seront des heures à travailler pour la collectivité qui ne demandent guère de formation et qui permettront à chacun d'obtenir des revenus supplémentaires. Ces bons permettront l'enrichissement des chômeurs qui deviendront des travailleurs et pourront se payer une formation afin d'améliorer encore leur revenu et ainsi de suite dans un cercle vertueux. Le mythe qui fait le plus de mal au pays, c'est celui de l'ascenseur social. L'ascenseur social ne s'ouvre qu'à quelques petits chanceux, aux autres il faudra s'accrocher et emprunter l'escalier social.
C'est en permettant pas à pas, aux plus démunis, à ceux tombés dans une misère ne leur permettant plus de s'en sortir seuls, c'est en leur permettant de travailler petit à petit, de reprendre goût à l'effort et de s'enrichir que nous parviendrons à sortir du besoin, les méritants qui ont été abandonnés par les conservateurs radicaux et dont la nature est étouffée par les progressistes de tout bord.
Mais ce n'est pas tout ! Imaginez-vous qu'en plus de dilapider nos richesses pour financer la fainéantise, Madame Astudillo-Diaz voudrait financer le gauchisme et les initiatives de faux écologistes. Ainsi, elle promet de développer l'énergie renouvelable. Tiens donc ! Cette énergie qui dépend des vents, des marées que l'on ne peut stocker à moins de dépenser des milliards dans des batteries géantes. Toute cette flopée de hautes technologies fonctionnant grâce à des minerais rares extraits par des mains d'enfants dans des pays miséreux, ces minerais qui pour être purifiés nécessitent de polluer des millions de litre d'eaux qui propagent la maladie dans les terres lointaines et pauvres de ce monde. Voilà ce que c'est le progressisme de Madame Astudillo-Diaz ! Voilà ce qu'est le projet de ma concurrente ! Donner des airs plus verts à notre pays et polluer l'autre côté de la Terre et les empoisonnait par notre irresponsabilité et notre incapacité à produire nous-mêmes notre propre énergie avec notre propres moyens. Je ne suis pas de ceux-là qui osent prétendre au social, à l'écologisme, à la responsabilité alors qu'ils ne font que déplacer le problème là où vous ne pouvez pas le voir. Je suis un homme sérieux et je veux pour mon Etat, un Gouverneur sérieux. Je m'engagerais à recycler nos déchets de haute-technologie pour développer les énergies renouvelables à bonne allure, c'est à dire à allure douce. Pour obtenir l'indépendance énergétique, je développerais le nucléaire qui est aujourd'hui une source d'énergie sûre et pérenne. Sur quarante ans, le nucléaire nous permettra d'avoir une énergie moins chère et nationale. Pendant ces quarante années, peut-être soixante, où nous n'aurions rien à craindre du manque d'électricité, le renouvelable se développera petit à petit, le programme nucléaire devra au moins attendre 50 années avant de s'arrêter, d'ici là, notre budget aura largement pu financer une énergie totalement renouvelable et des moyens de la stocker afin qu'on puisse l'utiliser à n'importe quel moment. Si vous choisissez la voix de la raison et non la voie de la folie, vous aurez une énergie propre, responsable, intégralement stockée, qui n'aura provoqué la pauvreté de personne mais l'emploi de milliers de gens, d'ici 215. C'est 25 ans après la promesse de Madame Astudillo-Diaz, mais c'est surtout des milliers de vie meilleures dans le monde entier. On a certes une responsabilité d'abord sur nos concitoyens mais nous avons une responsabilité dans le monde entier. Et soutenir les oppresseurs, ce n'est pas être l'ambassadeur du pays de la Liberté. Or chaque élu est l'ambassadeur de notre pays et son action possède une portée à travers le monde.
Nous sommes une superpuissance et nos élus ont donc plus de responsabilité qu'aucun autre élu, nous portons ce fardeau que certains savent gérer et que d'autres dont mon adversaire, n'ont même pas conscience de porter.
Ne parlez surtout pas d'ordre ou de sécurité à Astudillo-Diaz, elle vous répondra qu'on se défendra avec des fleurs et que montrer la violence rampante des quartiers sombres de nos villes consiste en une ségrégation digne des siècles passés ! Je lui réponds que si des gens sont encore agressés, si des gens souffrent encore de l'insécurité, de vols et j'en passe, alors c'est qu'il y a besoin d'une police efficace et que celle-ci ait des moyens convenables ! Parce que votre sécurité prédétermine tout le reste et est un enjeu démocratique. Que vaut le vote d'un citoyen apeuré ? Autant que le vote d'un citoyen oppressé ! Je mets un point d'honneur à pourfendre le crime et à défendre la sécurité de mes concitoyens. Parce qu'il faut sanctionner plus durement encore lorsque l'Etat se démène. Si je ne proposais pas d'offrir aux plus démunis un minimum pour vivre, si je ne faisais rien pour les marginalisés, je comprendrais que ma défense de l'ordre et de la sécurité paraisse comme un totalitarisme et je serais le premier à dire qu'on viole la liberté et le droit des plus démunis à tenter de vivre par l'illégalité quand la légalité les laisserait mourir la bouche ouverte. Mais je suis pour un minimum social et ainsi il n'est plus légitime pour quiconque d'oser s'essayer à l'illégalité pour monter les marches de l'escalier social. Aussi la répression contre le fléau de la société sera vingt fois plus dur s'il faut qu'il soit vingt fois plus dur. Votre sécurité compte plus que l'isolation de vos murs, mais si vous pouvez obtenir une isolation et une sécurité, alors que demanderez-vous de plus ? Que votre Gouverneur se nomme McManus ? Eh bien quelle chance vous avez, je vous propose justement tout cela !
Partout dans le monde, je vois la gauche qui gagne du terrain parce que face à elle, nous avons une droite dans le déni qui refuse d'admettre les erreurs du capitalisme plutôt que de proposer des solutions pragmatiques. Il faut que les conservateurs regardent en face les réalités montrées par les progressistes et proposer des solutions réelles et non se résigner aux propositions fantasques et aux fantasmes soviétiques. Mais non, nous ne nous résignerons pas au pitoyable car derrière ces questions d'élections, de campagnes, de clivage, il y a de gens qui vivent pour certains la peur au ventre, qui d'autres n'en dorment plus la nuit à cause des ennuis qui se profilent à l'horizon. En dehors des clivages, il y a ces gens qui peuvent se jeter aux dernières illusions pour peu qu'elles partent de leur constat, de celui qu'ils subissent tous les jours. Alors je leur dis, ne désespérez pas ! Vous n'avez pas que le choix entre le déni et la folie, il y a aujourd'hui une voie raisonnée qui reconnaît la misère, la pauvreté comme des marginalisations d'un système fonctionnel et cette force de la raison va aujourd'hui vous y intégrer.
Car la première des libertés, nous le savons désormais mieux que tout le monde, c'est la liberté de pouvoir vivre de son mérite et nous savons que cette liberté a été perdue par certains d'entre vous et nous sommes prêts à vous la rendre.
Alors, mes amis, dimanche, vous devrez glisser un bulletin conservateur dans l'urne si vous voulez stopper la vague soviétisée qui a déjà submergé le Saphyr et Ostaria. Fermez vos portes à la slevavisation1 du Parti progressiste ! Nos valeurs et notre liberté passeront avant la radicalité, notre sécurité passera avant les folies écolo-gauchistes d'Astudillo-Diaz et notre économie rationnelle passera avant les tests fumeux d'un Parti à la dérive !
Vive la Fédération ! Vive Two Rivers ! Vive la Liberté !
William conlut son meeting en levant les deux poings, qu'il ouvrit en direction de la foule en délire. Il alla ensuite saluer ses "amis" et leur parlait, toujours le sourire aux lèvres.
1= "bolchevisation", les slevaviques étant les partisans de Vakémine.